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Revenir plus fort après une rupture du biceps

La rupture

La rupture du biceps je l’ai subi lors d’un match de préparation de football américain, en janvier 2009. En effet, lors d’un placage, j’ai ressenti une douleur vive au biceps gauche. Cette douleur, je ne l’oublierai jamais, c’était comme une grosse décharge électrique. Puis plus rien. Je ne sentais plus mon bras et il était impossible de faire une flexion complète du biceps. Malgré cette blessure, et pris dans l’action, j’ai terminé mon match.

A la fin de la rencontre, je ne pouvais plus enlever mon équipement, et c’est mes coéquipiers qui m’ont aidé à me changer dans le vestiaire. Je suis parti aux urgences, faire des examens. Bilan : le tendon distal de mon biceps était rompu complètement, et il était rétracté en haut sous l’épaule, l’horreur ! Mon biceps avait disparu, déjà que c’était pas mon point fort…

La rupture du biceps distal correspond à l’arrachement de l’insertion du tendon du biceps au niveau du coude. Le traumatisme survient chez les hommes d’une quarantaine d’année environ (les quadras) lors d’un effort violent comme soulever une charge lourde. C’est une blessure plutôt rare. En effet, la rupture haute du tendon (attache proximale) est beaucoup plus fréquente. Il existe sur YouTube de nombreuses vidéos de rupture du tendon distale lors de mouvements comme le deadlift par exemple.

J’étais dégoûté, ma saison allait se terminer et je ne pouvais plus m’entrainer à la musculation correctement… Puis finalement, ce n’était pas une si mauvaise chose.

Apprendre de sa blessure

Trois jours après le diagnostic, je me suis fait opérer de ma rupture du biceps. Pour information, étant à mon compte à TNT Sport, je n’ai donc pas cessé de travailler et j’ai enchaîné l’intervention chirurgicale après une matinée d’activité. L’opération a été réalisée sous anesthésie locale, ce qui m’a permis de la vivre en direct. Sérieusement une opération de ce type on ne l’oublie pas. En effet, perceuse, visseuse, coup de marteau… Bref j’ai eu l’impression qu’on faisait du bricolage et effectivement l’orthopédie c’est un peu ça. Le tendon a été réinséré avec une ancre en titane.

L’intervention s’est bien passée et je me souviens des remarques sur le volume musculaire de mon biceps et mes veines qui étaient comparées à des trocarts, ça fait plaisir !

Je suis sorti de la Clinique le soir même. Les antidouleurs et l’anesthésie faisaient encore effet et tout allait bien. Enfin au début…

Pendant une semaine, je n’ai quasi pas dormi, pour la simple raison que j’ai limité au maximum la prise d’antidouleurs et anti inflammatoires. Je m’étais dit que plus il y aurait d’inflammation, et plus il y aurait de réactions de mon corps et qu’à vouloir ne rien sentir, j’allais ralentir ma guérison. Il se trouve que mon chirurgien m’a dit que c’était plutôt une bonne chose d’avoir procédé ainsi. Bien entendu cela ne concerne que moi et je vous conseille de suivre ce que vous dit votre médecin.

La rééducation

Je crois que le plus frustrant pour une personne comme moi, et surement comme vous, est de ne plus pouvoir s’entrainer. Alors j’ai décidé de recommencer à faire de l’exercice avec les moyens du bord. Tout d’abord avec des élastiques, en investissant dans un système Bodylastics de Terrel Owens, un joueur de foot US de l’époque. C’était assez nouveau comme concept et je n’ai pas attendu le confinement pour m’entrainer avec des élastiques. Je reconnais avoir trouvé ça assez génial à l’époque. Au bout de deux semaines à peine je commençais à me rééduquer uniquement en flexion grâce aux élastiques. J’ai attaqué également le kinésithérapeute en parallèle, mais j’ai stoppé rapidement car je pratiquais les mêmes gestes chez moi.

L’effet controlatéral

J’ai commencé à apprendre de ma blessure en étudiant les effets que pouvait avoir l’entrainement sur le membre opposé, c’est l’effet controlatéral. A l’époque c’est un kinésithérapeute qui m’en avait parlé.

L’effet controlatéral permet de limiter la perte de masse musculaire et de force du membre immobilisé. Pour résumer, faire du curl biceps bras droit, va contribuer à maintenir dans une certaine mesure, la force et le volume du biceps gauche. En effet, ceci serait produit par des changements au niveau de la plasticité cérébrale, notamment au niveau du cortex moteur et du cortex pré moteur. Ces changements seraient partagés entre les hémisphères. Ce mécanisme a été étudié par des canadiens en 2010 (1).

Pour plus d’informations, ceci est très bien résumé sur cet article de sci-sport.com.

Se perfectionner

Etant déterminé à apprendre davantage, j’ai décidé de lire des articles scientifiques sur les pathologies liées au sport. Mais aussi des témoignages de sportifs. Plus j’apprenais et moins je savais car une question en appelle d’autres. Cette période de convalescence m’a donc permis de perfectionner mes connaissances et d’être plus efficace pour mon travail de préparateur physique. La connaissance est une vraie force (knowledge is power), voir une arme puissante.

C’est aussi à ce moment que l’envie de retourner sur le terrain est devenu de plus en plus présente. Je voulais donner un sens à tout ça et faire mon retour pour le Championnat d’Europe et de France. Mes objectifs avaient évolué, et de cette mésaventure, j’allais en faire une belle aventure.

Au bout de 4 semaines je reprenais des charges légères, car la fonte reste quand même la base ! Au bout de 8 semaines, je retournais sur le stade rejoindre mes coéquipiers. J’étais prudent et j’avais blindé mon articulation avec un maintien du coude en néoprène. J’ai commencé progressivement, puis l’intensité est montée, et la confiance avec.

“Life begins at the end of your comfort zone.” Neale Donald Walsch

Se ressourcer

A fond dans le sport, à fond dans le travail… Et si cet accident était une pause forcée ? En effet, j’ai tendance à penser que rien n’arrive vraiment par hasard. Et si vraiment c’est du hasard, alors à nous d’en faire un évènement clé pour passer à une étape supérieure.

J’ai ainsi pu profiter davantage de ma compagne et de mes enfants. Ne pas aller au sport le soir et passer du temps avec eux a été très positif pour mon mental. Effectivement, décrocher un peu permet aussi de se ressourcer sur les choses essentielles de la vie. Ma fille avait 8 ans et mon fils 6 ans, on parle de l’âge de raison pour les enfants de cet âge. C’est une période importante entre la petite enfance et l’adolescence, ou l’enfant va vivre de nombreuses expériences, ainsi l’attention des parents y est essentielle. Le temps passe et ne se rattrape jamais, voilà pourquoi il est bon de l’optimiser du mieux que l’on peut, même si parfois il est bon de ne rien faire.

Cette blessure qui aurait pu me détruire m’a en fait permis de revenir encore plus fort. En effet, je m’étais renforcé physiquement et surtout mentalement.

Revenir plus fort

J’ai donc repris le championnat à mi-saison en disputant un match international en Italie le 18 avril 2009 à Parme. Il m’aura fallu 3 mois pour revenir à mon niveau de compétition. Puis disputé la deuxième partie de saison avec les Black Panthers de Thonon les bains. Cette année on a perdu en finale contre le Flash de La Courneuve, mais personnellement ce match, je l’ai disputé du début à la fin, et d’une certaine façon, c’était une victoire. Le coach canadien Larry Legault me cita en exemple lors de l’assemblée de fin d’année pour ma capacité à avoir pu revenir en pleine saison suite à ce traumatisme important.

Aujourd’hui, cette blessure ne m’empêche pas de faire du deadlift et de disputer le Challenge TNT Deadlift ou j’ai passé mes plus grosses performances (actuellement 310kg). Je suis bien plus performant qu’avant l’accident et n’y pense plus du tout et je ne m’échauffe pas plus qu’avant, d’ailleurs je ne m’échauffe que très rapidement.

Je pense que le mental est de loin le facteur limitant le plus important. La peur de se blesser à nouveau, est souvent un effet secondaire récurent de ce type de blessures. En effet, pour certains le traumatisme n’est pas que physique, mais aussi mental.

Alors pour ceux qui ont vécu cela, dites vous que ce harpon en titane dans le radius, c’est du solide !

Cette rupture du biceps m’aura donc permis d’approfondir mes connaissances et de me fixer un objectif nouveau, un véritable challenge même. Mais je crois que le plus important aura été de me ressourcer davantage auprès de ma famille et de relativiser l’importance de cet accident. Aussi curieux que cela puisse paraitre une blessure peut vous détruire mais peut et doit surtout vous permettre de vous reconstruire encore plus fort.

Aujourd’hui, le biceps est toujours en place !

Nicolas Vaudaux, Team TNT Sport, Quadra-Force

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